| La
lutte pour l’eau des femmes Mazahuas
La
ville de Mexico est devenue une mégalopole
de plus de 20 millions d’habitants
en quelques décennies. Il a donc
fallu satisfaire une demande urbaine et
industrielle croissante en énergie
et en eau. C’est ainsi qu’ont
commencé les grandes constructions
de barrages hydroélectriques et de
transvasement de bassins versants entre
la capitale et son Etat voisin, l’Etat
de Mexico. En quelques mois, la construction
d’une dizaine de barrages et d’un
système de tubes de 140 km de long.
Quarante
ans après, au mois d’août
de l’année 2004, une centaine
de femmes Mazahuas descend à la maison
présidentielle de Los Pinos en costume
traditionnel coloré et en armes datant
de la Révolution de 1910, pour réclamer
la réparation des dégâts
faits à l’environnement naturel
de la zone et à leur peuple, et la
mise en place d’un plan intégral
et durable pour leur région. Pourquoi
? Parce que la survie du peuple Mazahuas
en dépend.
Le système Cutzamala,
qui alimente 40% de l'eau de la ville de
Mexico et consomme autant d’énergie
qu’une ville de 2 millions d’habitants
a révélé la non-durabilité
du modèle du réseau.
Depuis
sa construction, les ressources naturelles
et les conditions de vie des communautés
Mazahuas n’ont cessé de se
détériorer. Les nombreuses
plantes d’eau douce et les poissons
de la rivière qui les alimentaient
ont disparu. Les femmes ne peuvent plus
laver le linge, encore moins baigner les
enfants, tant ses eaux sont polluées
par la centrale de potabilisation. Il ne
pleut plus comme avant pour irriguer suffisamment
les champs de maïs, à cause
de la déforestation qui a dévasté
leurs forêts. Et un mauvais fonctionnement
du barrage a inondé leur récolte
annuelle, cette année encore. Le
développement qu’on leur avait
promis n’est jamais arrivé.
On leur avait promis l’eau potable,
et des meilleures conditions de vie. 40
ans après, elles doivent toujours
marcher 4 heures pour ramener un saut d’eau
dans leur foyer, alors que des canaux immenses
traversent leur Etat jusqu’au suivant.
Et elles sont encore plus pauvres qu’avant.
Au point que les hommes ont du partir aux
Etats-Unis pour travailler, et elles se
retrouvent seules à cultiver les
champs.
Ces
femmes du Mouvement Mazahua en défense
de l’eau, en réussissant à
s’attirer les médias et à
créer une vague de sympathie nationale
(ce qui a évité qu’elles
soient réprimées), sont très
vite montées sur le devant de la
scène. Depuis, elles luttent pour
la reconnaissance de l’eau comme un
droit de l’homme inaliénable,
et contre la privatisation de cette ressource.
Elles se sont prononcées en défense
des rivières et contre les barrages
qui les étranglent. Elles se sont
associées à toutes les autres
luttes pour l’eau du Mexique et réinventent
le développement durable au quotidien,
pour sortir de leurs communautés
de la pauvreté et récupérer
l’environnement naturel… et
pouvoir continuer d’alimenter en eau
la moitié des habitants de la ville
de Mexico.
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Zapotecos
et Mayas témoignent de l’écotourisme
solidaire
Paysan Maya du Yucatan, projet Mun Ha Uxmal
: « L’écotourisme solidaire,
c’est des personnes qui viennent visiter
ma communauté pour observer la flore
et la faune locale, mais aussi pour voir les
formes par lesquelles je développe
mes activités quotidiennes ou les activités
qui me lient à ma culture. Les touristes
apprécient mes connaissances de l’environnement
naturel et des traditions locales. Ils aiment
aussi connaître les manifestations culturelles
de mes ancêtres, voir comment elles
s’expriment dans les sites archéologiques.
Nous recevons les touristes dans ce but pour
que leur séjour parmi nous génèrent
des revenus pour ma communauté. Ces
revenus permettent de suppléer en partie
ceux que nous n’obtenons plus pour avoir
décidé de cesser d’exploiter
comme avant nous le faisions, les zones qu’ils
visitent. »
Forestier Zapoteco des Pueblos Mancomunados,
Sierra Norte de Oaxaca:
" Depuis que le projet fonctionne,
plus personne à Benito Juarez ne paye
quoique ce soit pour l'école ou la
clinique. Le projet a aussi créé
des emplois, ce qui a ralenti l’émigration
de nos enfants. Nous tirons 60% de nos revenus
des ressources de la forêt. Pour ne
jamais augmenter ce chiffre et parce que des
actions de reforestation s'imposaient sur
nos terres, notamment pour la protection des
sources d'eau, nous avons cherché à
développer en commun des alternatives
économiques. L'écotourisme en
est une, avec l'usine d'embouteillage d'eau
minérale, les pépinières
et serres de fleurs. » |
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DOSSIER
ENVIRONNEMENT & PHENOMENES
Le début des guerres
de l’eau
Pour les organisations politiques
indigènes, il est clair que l'Aire de Libre
Commerce des Amériques (ALCA) et tous les
traités internationaux et les politiques
libérales appliquées par le gouvernement
mexicain, sont des instruments du Dieu "marché".
Car il revendique son pouvoir sur les quatre éléments
: "la terre", puisqu’ils contrôlent
déjà l'agriculture, "le feu",
dans la mesure où ils contrôlent
aussi l'énergie, "l'air", cela
ne saurait tarder, mais ils n'ont pas encore réussi
à le polluer suffisamment pour le vendre,
par contre "l'eau" est l’élément
fondamental à la vie humaine que le secteur
privé tente de s'approprier aujourd’hui.

Les peuples indigènes du
Mexique, parce qu’ils peuplent les montagnes
boisées, sont ceux qui possèdent
les sources d’eau qui alimentent les rivières.
Situation stratégique indéniable
mais largement convoitée. Auparavant, l'eau
était si abondante, qu’on ne refusait
jamais un verre d’eau à qui le demandait.
Aujourd’hui au Mexique,
un litre d’eau coûte plus cher qu’un
litre d’essence, ou qu’un Coca Cola.
Et les entreprises de refrescos revendent aux
communautés l’eau qu’elles
ont extraite de leur propre territoire (dont elles
ont asséché les puits avec leurs
profondes excavations).
En plus de la disparition des
forêts qui a fortement limité la
venue de la pluie nécessaire pour les récoltes
et la capacité de recharge aquifère,
il faut ajouter les énormes besoins des
zones industrielles et des villes en croissance
perpétuelle, qui pillent les ressources
en eau, contaminant au passage le précieux
liquide. Les paysans indigènes sont évidemment
les premières victimes des problèmes
hydriques liés à la sécheresse
et à la pollution devenues incontrôlables
au Mexique. Du coup, des conflits pour l’eau
éclosent aujourd’hui dans tout le
pays, et surtout dans les zones indigènes.
Car si on peut vivre sans électricité
ni le confort qu’apporte la 'civilisation',
l’eau est essentielle à la survie
de l’homme. Raison pour laquelle aujourd’hui
les indigènes luttent pour la reconnaissance
de l’eau comme un bien commun qu’il
faut préserver et un droit de l’homme
inaliénable, les armes à la main
si nécessaire.
Les trois axes du
développement durable
Face à cette situation
catastrophique de la campagne mexicaine, il a
fallu trouver des solutions. Des solutions durables
et équitables, c'est-à-dire un modèle
de développement qui, à la lumière
des dommages résultant des politiques néo-libérales,
permette de respecter l'intégrité
des peuples indigènes et leur environnement
naturel.
Les trois grands axes de ce développement
durable sont l’agroécologie, l’écotourisme
solidaire, et le commerce équitable.
- L’agroécologie
Pour un paysan indigène, le rôle
de l'agriculture n'est pas seulement de produire
au plus bas prix possible. Car cultiver la terre,
c’est être en communion avec la Terre
Mère. En prendre soin par son travail,
pour qu’en retour, elle alimente la communauté.
C’est un échange basé sur
le principe de la survie réciproque de
l’homme et de la nature.
C’est exactement ce que permet l’agroécologie
et ce que signifie la "durabilité",
voilà pourquoi les indigènes y ont
vu un retour aux pratiques agricoles traditionnelles
plus qu’une invention moderne. Compost,
lutte intégrée, production biologique,
reforestation, réhabilitation de rivières…
permettent d’assurer des aliments biologiques
de haute qualité, de préserver totalement
l'environnement, tout en contribuant à
l'emploi, et donc de limiter l’émigration.
- L’écotourisme
solidaire
Les projets d’écotourisme communautaire
se sont multipliés ces dernières
années dans les communautés indigènes
de Veracruz, Oaxaca, Puebla et du Michoacán.
L’écotourisme a été
perçu comme une bonne manière d’obtenir
des revenus à la campagne, tout en conservant
l’environnement. A ces deux principes fondamentaux
de la durabilité, s’est ajouté
pour les populations indigènes l’opportunité
de reprendre possession de leurs coutumes, de
conserver leurs cultures, et de la faire connaître
aux touristes.
- L’artisanat
équitable
Le problème des artisans indigènes
n’est pas tant de produire, mais de vendre
à un prix qui correspond au travail fourni,
c’est-à-dire à un prix juste.
Des coopératives et organisations ont vu
le jour pour permettre une amélioration
de la qualité de vie des artisans indigènes.
Par exemple, l’association civile Mujeres
Mayas de Jobel A.C. regroupe 300 femmes artisanes
de communautés voisines de San Cristóbal
de Las Casas au Chiapas. Elle permet à
ces femmes, toutes expulsées de leurs communautés
d’origine pour des motifs religieux ou politiques,
d’avoir une source de revenu correct quand
il leur était devenu difficile ne serait-ce
que de survivre.
suite
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