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La Cites, protection des espèces
Au milieu du XIXe siècle, la surexploitation des espèces sauvages à des fins marchandes a ébranlé la communauté internationale. Pour empêcher que le commerce ne détruise à jamais certaines espèces, un traité international a été élaboré, la CITES. Cette Convention protège quelque
5 000 espèces animales et
28 000 espèces végétales.

www.cites.org

l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature)
www.uicn.fr

le réseau TRAFFIC, chargé de la surveillance du commerce de la faune et la flore sauvages :
www.traffic.org

 

Crise du logement
S’il suffisait d’interdire le commerce et la collecte d’espèces sauvages pour sauvegarder la biodiversité, ça se saurait. Malheureusement l’exercice est plus complexe. Pour certaines espèces, comme les insectes, le travail des collectionneurs peut, au contraire, s’avérer précieux. Jacques Pierre, entomologiste au Museum choque parfois en affirmant que « les interdictions de collectes de papillons ou d’insectes ont pour conséquence d’entraver le travail des entomologistes dont la tâche demeure démesurée dans l’exploration de la biosphère » (…). Pour le chercheur, si le commerce des insectes, grâce à l’ingéniosité des populations locales et des négociants, peut faire fructifier l’économie locale, aider à l’exploration entomologique de la planète et bien c’est tant mieux. Car le problème se situe ailleurs. Du côté de la préservation des habitats, notamment « La pression de chasse semble tout à fait négligeable, par rapport à toutes les causes de dégradation du milieu qui amènent plus certainement la fragilisation et la disparition des espèces ».
Et c’est là le nœud du problème. Plus que la chasse ou la pêche, la modification des milieux prend la première place sur le podium des menaces pour la biodiversité…

Démonstration mathématique. On compte sur la planète entre 300 000 et 400 000 grands singes. 2% de ce qui reste de leur habitat est détruit chaque année par la construction de routes, la déforestation, la pression démographique... D’ici 2030, les primates devront apprendre à se serrer car à ce rythme-là, seulement 1% de leur lieu de vie aura pu rester intact en Indonésie, 10% en Afrique. Principalement forestiers, les chimpanzés, bonobos, orangs-outans indonésiens, gorilles africains, disparaissent à mesure que les arbres tombent à terre pour l’exportation ou la conversion agricole. Dans les zones tropicales et subtropicales, le FAO estime que « l'agriculture itinérante s'est révélée le facteur direct de 45 % de la déforestation. Dans les tropiques humides, l'expansion des différentes formes d'agriculture (et d'élevage) serait responsable de près de 85 % de la déforestation ». Lorsque l’on voit les techniques employées pour transformer la forêt en champs cultivés, on comprend mieux ces chiffres. A Bornéo, depuis quelques années, des hectares de palmiers ont remplacé la forêt. Un incendie volontaire, provoqué en 1997 par les propriétaires terriens pour préparer les terrains à la plantation de palmiers à huile a eu raison des arbres centenaires. En moins de 40 ans, plus des 2/3 des forêts de Kalimantan ont ainsi disparu. Avec elles les espèces animales et végétales qui la composaient. Cette fois, le coup fut fatal aux orangs-outans.

Le cas de Bornéo n’est pas isolé. Les forêts tropicales restent aujourd’hui convoitées pour leurs essences exotiques (teck, acajou, palissandre) mutées en papier, mobilier et objets de déco ou leurs vertus médicinales (70% des médicaments testés en laboratoire sont synthétisés à partir de plantes issues de ces forêts). Les méthodes employées sont inadaptées, le gâchis est gigantesque. Réservoirs inestimables de la majeure partie de la biodiversité de la planète, elles disparaissent au rythme de 14,2 millions d’hectares chaque année - soit l'équivalent de l'ensemble des forêts françaises -, privant dans le même temps populations autochtones et faune locale de ressources vitales.

Pour capturer les poissons tropicaux, du cyanure est diffusé dans la mer près des coraux, éradiquant du même coup toutes les espèces du récif.

Partout dans le monde, l’homme étend son territoire. Ici, l’explosion démographique conduit au défrichage de nouvelles terres, là-bas, les écosystèmes côtiers sont envahis par l’urbanisation. Ailleurs les zones humides sont asséchées. Et partout le même résultat, la perte des espèces associées à ces milieux.

Chez nous, les exemples sont nombreux. Parmi les symboles, l’ours. L’animal a vu ses zones d’abri et de refuge réduites par routes et pistes forestières, ses périodes d’hibernation troublées par les engins motorisés. L’expansion humaine l’a poussé à se réfugier dans ses derniers retranchements. Résultat ? Il a complètement disparu du massif des Pyrénées dans les années 90. Sans programme de réintroduction, on ne trouverait plus le grand prédateur que sur les pages de Boucle d’Or. Moins médiatisée, la loutre a également failli y passer. Les cours d’eau qui forment son habitat en ont vu de toutes les couleurs. Endiguement, assèchement, aménagement de barrages ont déboussolé le mustélidé semi-aquatique. Véritable indicateur de la qualité de l’eau, la loutre qui ne peut vivre que dans des eaux très pures a été servie.

 

 

 



DOSSIER ENVIRONNEMENT & PHENOMENES


Les détergents déversés dans les rivières ont détruit les graisses protectrices contenues dans sa fourrure, les micropolluants ont anéanti la faune pissicole dont elle se nourrissait. Comme la plupart des espèces en haut d’une chaîne alimentaire, la loutre s’est retrouvée touchée par ricochet, affamée par la disparition d’espèces qui semblaient quelconques, anodines, mais qui, en composant ses repas, la faisaient vivre.

C’est ainsi que la population de Lutra lutra, estimée à 40 000 au début du XXe siècle est tombée à moins de 1000 aujourd’hui, localisée sur la façade atlantique et le massif central.

 

 

Inverser la vapeur
Heureusement, gouvernements et aménageurs commencent à prendre conscience de l’étroitesse du lien entre milieu naturel et faune sauvage et révisent leurs projets. Aux Etats-Unis, la loi ESA sur les espèces en danger (Endangered Species Act) donne aux autorités le pouvoir de suspendre les constructions qui altèrent les habitats naturels des espèces figurant sur sa liste. L’habitat de l’aigle à tête blanche, au bord de l’extinction dans les années 70, a pu ainsi être préservé et l’emblême américain sauvé.

En Europe, le réseau Natura 2000, déclinaison de la Convention sur la biodiversité adoptée à Rio en 1992, travaille dans le même objectif. Sa mission consiste « à préserver la diversité biologique sur le territoire de l'Union européenne et à assurer le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable des habitats naturels et des habitats d'espèces de la flore et de la faune sauvage d'intérêt communautaire ». Des sites désignés spécialement par chacun des Etats membres en application des directives européennes dites "Oiseaux" et "Habitats" de 1979 et 1992 se trouvent ainsi protégés. Sur la liste française, on trouve des dunes, des grottes, des pelouses calcaires, des mares, des tourbières…

Chaque plante qui disparaît entraîne la perte d’une trentaine d’insectes et d’animaux qui s’en nourrissent

Grâce à cette législation, les petites bêtes peuvent parfois stopper les grands projets. Souvenez-vous du pique-brune, ce minuscule scarabée qui a suspendu la construction de l’autoroute A28 entre Le Mans et Tours, protégé notamment par la Directive Habitats. Ou de ce petit poisson, le snail darter qui a tenu en échec le barrage de Tellico dans le Tennessee malgré les dizaines de milliards de dollars déjà investis, simplement parce que l’ouvrage menaçait sa survie. Souhaitons la même issue aux cigognes noires et aigles de Bonelli, protégés par Natura 2000 aujourd’hui menacés par la construction d’un barrage hydroélectrique sur l’une des dernières rivières sauvages d’Europe, le Sabor au nord-est du Portugal.

La biodiversité, c’est bon pour la santé
On connaît aujourd’hui 1,5 million d’espèces animales et végétales. Les scientifiques pensent qu’il y en aurait entre 10 et 100 fois plus. Ca fait beaucoup ! Dans ce contexte pourquoi s’alarmer, on n’est pas à quelques milliers d’espèces près. Avoir ce raisonnement mathématique est absurde aujourd’hui, car les progrès de la science prouvent que c’est au cœur même de la biodiversité que l’on trouve les moyens de se soigner. 10 des 25 médicaments les plus vendus au monde sont fabriqués à partir de ressources naturelles, la moitié des médicaments commercialisés sont formulés à base de plantes, et près des trois quarts de la population mondiale utilisent la médecine naturelle pour se soigner. Et la plupart des médicaments actuels, en molécules de synthèse, trouvent leur formule dans les plantes.





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