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Crise
du logement
S’il
suffisait d’interdire le commerce et la
collecte d’espèces sauvages pour
sauvegarder la biodiversité, ça
se saurait. Malheureusement l’exercice est
plus complexe. Pour certaines espèces,
comme les insectes, le travail des collectionneurs
peut, au contraire, s’avérer précieux.
Jacques Pierre, entomologiste au Museum choque
parfois en affirmant que « les interdictions
de collectes de papillons ou d’insectes
ont pour conséquence d’entraver le
travail des entomologistes dont la tâche
demeure démesurée dans l’exploration
de la biosphère » (…). Pour
le chercheur, si le commerce des insectes, grâce
à l’ingéniosité des
populations locales et des négociants,
peut faire fructifier l’économie
locale, aider à l’exploration entomologique
de la planète et bien c’est tant
mieux. Car le problème se situe ailleurs.
Du côté de la préservation
des habitats, notamment « La pression de
chasse semble tout à fait négligeable,
par rapport à toutes les causes de dégradation
du milieu qui amènent plus certainement
la fragilisation et la disparition des espèces
».
Et c’est là le nœud du problème.
Plus que la chasse ou la pêche, la modification
des milieux prend la première place sur
le podium des menaces pour la biodiversité…
Démonstration
mathématique. On compte sur la planète
entre 300 000 et 400 000 grands singes. 2% de
ce qui reste de leur habitat est détruit
chaque année par la construction de routes,
la déforestation, la pression démographique...
D’ici 2030, les primates devront apprendre
à se serrer car à ce rythme-là,
seulement 1% de leur lieu de vie aura pu rester
intact en Indonésie, 10% en Afrique. Principalement
forestiers, les chimpanzés, bonobos, orangs-outans
indonésiens, gorilles africains, disparaissent
à mesure que les arbres tombent à
terre pour l’exportation ou la conversion
agricole. Dans les zones tropicales et subtropicales,
le FAO estime que « l'agriculture itinérante
s'est révélée le facteur
direct de 45 % de la déforestation. Dans
les tropiques humides, l'expansion des différentes
formes d'agriculture (et d'élevage) serait
responsable de près de 85 % de la déforestation
». Lorsque l’on voit les techniques
employées pour transformer la forêt
en champs cultivés, on comprend mieux ces
chiffres. A Bornéo, depuis quelques années,
des hectares de palmiers ont remplacé la
forêt. Un incendie volontaire, provoqué
en 1997 par les propriétaires terriens
pour préparer les terrains à la
plantation de palmiers à huile a eu raison
des arbres centenaires. En moins de 40 ans, plus
des 2/3 des forêts de Kalimantan ont ainsi
disparu. Avec elles les espèces animales
et végétales qui la composaient.
Cette fois, le coup fut fatal aux orangs-outans.

Le
cas de Bornéo n’est pas isolé.
Les forêts tropicales restent aujourd’hui
convoitées pour leurs essences exotiques
(teck, acajou, palissandre) mutées en papier,
mobilier et objets de déco ou leurs vertus
médicinales (70% des médicaments
testés en laboratoire sont synthétisés
à partir de plantes issues de ces forêts).
Les méthodes employées sont inadaptées,
le gâchis est gigantesque. Réservoirs
inestimables de la majeure partie de la biodiversité
de la planète, elles disparaissent au rythme
de 14,2 millions d’hectares chaque année
- soit l'équivalent de l'ensemble des forêts
françaises -, privant dans le même
temps populations autochtones et faune locale
de ressources vitales.
Pour
capturer les poissons tropicaux, du cyanure est
diffusé dans la mer près des coraux,
éradiquant du même coup toutes les
espèces du récif.
Partout
dans le monde, l’homme étend son
territoire. Ici, l’explosion démographique
conduit au défrichage de nouvelles terres,
là-bas, les écosystèmes côtiers
sont envahis par l’urbanisation. Ailleurs
les zones humides sont asséchées.
Et partout le même résultat, la perte
des espèces associées à ces
milieux.
Chez
nous, les exemples sont nombreux. Parmi les symboles,
l’ours. L’animal a vu ses zones d’abri
et de refuge réduites par routes et pistes
forestières, ses périodes d’hibernation
troublées par les engins motorisés.
L’expansion humaine l’a poussé
à se réfugier dans ses derniers
retranchements. Résultat ? Il a complètement
disparu du massif des Pyrénées dans
les années 90. Sans programme de réintroduction,
on ne trouverait plus le grand prédateur
que sur les pages de Boucle d’Or. Moins
médiatisée, la loutre a également
failli y passer. Les cours d’eau qui forment
son habitat en ont vu de toutes les couleurs.
Endiguement, assèchement, aménagement
de barrages ont déboussolé le mustélidé
semi-aquatique. Véritable indicateur de
la qualité de l’eau, la loutre qui
ne peut vivre que dans des eaux très pures
a été servie.
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DOSSIER
ENVIRONNEMENT & PHENOMENES
Les détergents déversés
dans les rivières ont détruit les
graisses protectrices contenues dans sa fourrure,
les micropolluants ont anéanti la faune
pissicole dont elle se nourrissait. Comme la plupart
des espèces en haut d’une chaîne
alimentaire, la loutre s’est retrouvée
touchée par ricochet, affamée par
la disparition d’espèces qui semblaient
quelconques, anodines, mais qui, en composant
ses repas, la faisaient vivre.
C’est ainsi que la population
de Lutra lutra, estimée à 40 000
au début du XXe siècle est tombée
à moins de 1000 aujourd’hui, localisée
sur la façade atlantique et le massif central.

Inverser
la vapeur
Heureusement, gouvernements et
aménageurs commencent à prendre
conscience de l’étroitesse du lien
entre milieu naturel et faune sauvage et révisent
leurs projets. Aux Etats-Unis, la loi ESA sur
les espèces en danger (Endangered Species
Act) donne aux autorités le pouvoir de
suspendre les constructions qui altèrent
les habitats naturels des espèces figurant
sur sa liste. L’habitat de l’aigle
à tête blanche, au bord de l’extinction
dans les années 70, a pu ainsi être
préservé et l’emblême
américain sauvé.
En Europe, le réseau Natura
2000, déclinaison de la Convention sur
la biodiversité adoptée à
Rio en 1992, travaille dans le même objectif.
Sa mission consiste « à préserver
la diversité biologique sur le territoire
de l'Union européenne et à assurer
le maintien ou le rétablissement dans un
état de conservation favorable des habitats
naturels et des habitats d'espèces de la
flore et de la faune sauvage d'intérêt
communautaire ». Des sites désignés
spécialement par chacun des Etats membres
en application des directives européennes
dites "Oiseaux" et "Habitats"
de 1979 et 1992 se trouvent ainsi protégés.
Sur la liste française, on trouve des dunes,
des grottes, des pelouses calcaires, des mares,
des tourbières…
Chaque
plante qui disparaît entraîne la perte
d’une trentaine d’insectes et d’animaux
qui s’en nourrissent
Grâce à cette législation,
les petites bêtes peuvent parfois stopper
les grands projets. Souvenez-vous du pique-brune,
ce minuscule scarabée qui a suspendu la
construction de l’autoroute A28 entre Le
Mans et Tours, protégé notamment
par la Directive Habitats. Ou de ce petit poisson,
le snail darter qui a tenu en échec le
barrage de Tellico dans le Tennessee malgré
les dizaines de milliards de dollars déjà
investis, simplement parce que l’ouvrage
menaçait sa survie. Souhaitons la même
issue aux cigognes noires et aigles de Bonelli,
protégés par Natura 2000 aujourd’hui
menacés par la construction d’un
barrage hydroélectrique sur l’une
des dernières rivières sauvages
d’Europe, le Sabor au nord-est du Portugal.
La
biodiversité, c’est bon
pour la santé
On
connaît aujourd’hui 1,5
million d’espèces animales
et végétales. Les scientifiques
pensent qu’il y en aurait entre
10 et 100 fois plus. Ca fait beaucoup
! Dans ce contexte pourquoi s’alarmer,
on n’est pas à quelques
milliers d’espèces près.
Avoir ce raisonnement mathématique
est absurde aujourd’hui, car
les progrès de la science prouvent
que c’est au cœur même
de la biodiversité que l’on
trouve les moyens de se soigner. 10
des 25 médicaments les plus
vendus au monde sont fabriqués
à partir de ressources naturelles,
la moitié des médicaments
commercialisés sont formulés
à base de plantes, et près
des trois quarts de la population
mondiale utilisent la médecine
naturelle pour se soigner. Et la plupart
des médicaments actuels, en
molécules de synthèse,
trouvent leur formule dans les plantes. |
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