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La pêche
au crade
Des bidons en plastique et canettes
de soda coupantes autour d’un parasol disloqué,
un vieux pneu entouré de fil de fer rouillé,
un flacon d’huile solaire et un paquet de
bonbon vides, une sandale perdue au milieu des
tessons de bouteille...

Voici quelques exemples de ce
qu’on appelle des 'macro-déchets'
qu’on retrouve sur nos plages. 80% sont
d’origine continentale. Ils proviennent
des stations d’épuration et des égouts
qui débordent par gros temps, des décharges
du passé qui se déversent dans les
cours d’eau et sont parfois carrément
abandonnés à même la plage.
Mais les navires de passage, la plaisance et la
conchyliculture ont aussi leur part de responsabilité,
tout comme les rejets portuaires et les résidus
de matériel de pêche. Des accidents
ponctuels génèrent aussi leur lot
de pollution comme les naufrages de pétroliers
ou la décharge espagnole de ‘La Corogne’
dont 200 000 tonnes de déchets sont tombées
à la mer en 1996, après de fortes
pluies (idem à ‘Saïda’
au Liban en mars dernier).
6 espèces
de tortues marines sur 7 sont victimes des macro-déchets
Présents aux embouchures
des cours d’eau et le long du littoral,
les macro-déchets sont souvent transportés
très loin par les courants (on retrouve
des déchets aux inscriptions espagnoles
sur nos côtes) et constituent de véritables
décharges flottantes et sous marines. Le
tout saupoudré de boulettes d’hydrocarbures
et de nappes huileuses, cadeaux de tous ces navires
si consciencieux qui dégazent en mer…
Pour Isabelle Poitou, de l’association ‘Mer-Terre’,
« c’est en connaissant que l’on
peut gérer ». Elle encourage donc
à la création d’un observatoire
des déchets en milieux aquatiques pour
identifier leurs origines, suivre leurs déplacements
et finalement les réduire. C’est
dans ce but que ‘Mer-Terre’ s’est
alliée à ‘Surf Rider Foundation’
et ses ‘Initiatives Océanes’
de 2006 (opération bénévole
et festive de nettoyage des plages au printemps),
pour quantifier et qualifier les déchets
ramassés. En effet, peu d’études
sur le sujet existent, cette pollution «
dérange car le problème des macro-déchets
serait en partie résolu si les textes de
loi étaient appliqués ». Pour
Isabelle, comme pour beaucoup de défenseurs
du littoral, la solution passe aussi par la responsabilisation
et l’information de chacun. Faire l’effort
d’utiliser les poubelles à la plage
comme en ville, éviter les produits sur-emballés,
préférer son cabas aux sacs plastiques
voire même arrêter les lâchers
de ballons, des pratiques que les lecteurs d’Ekwo
connaissent… à ne pas oublier en
vacances !
De taille et de résistance
variables, les macro-déchets peuvent libérer
des substances toxiques dans l’eau (détergents,
huiles de moteur, encres, etc.). Ils sont aussi
de véritables nids à bactéries
qui ne demandent qu’à vous pourrir
vos vacances. Mais ils ne s’arrêtent
pas là. Des marins rapportent régulièrement
l’existence dans le Golfe de Gascogne d’îlots
flottants de déchets de plusieurs centaines
de mètres carrés. Remake du Loch
Ness ou sinistre réalité ? Quoi
qu’il en soit, on retrouve souvent des animaux
marins étouffés ou victimes d’occlusions
intestinales. L’exemple des tortues qui
prennent les sacs plastiques pour des méduses
est bien connu, mais s’étend malheureusement
à toute la faune marine : les baleines
prennent des bâches pour des calamars géants,
pendant que les albatros avalent des briquets
flottants alors qu’ils pensaient se régaler
d’œufs… Le matériel de
pêche perdu ou abandonné cause aussi
de terribles ravages. Hameçons, filets
et fils de nylon piègent et blessent tant
d’animaux qui se retrouvent incapables de
se nourrir et deviennent particulièrement
vulnérables aux prédateurs et aux
infections. Quand ils ne se noient pas tout simplement…
SUITE
© EKWO
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DOSSIER
ENVIRONNEMENT & PHENOMENES
Texte : Eric Boisteaux
Photos : Eric
Boisteaux,
Conservatoire du littoral, Mer-Terre
Macro-déchets,
quand la nature s’en mêle
Certains déchets sont pourtant
naturels et occupent un rôle primordial
dans l’écosystème littoral.
C’est le cas des monticules d’algues,
des coquillages, du bois flotté, des amas
de pontes et même des éventuels cadavres
d’animaux (poissons, crustacés, etc.)
y compris les plumes d’oiseaux et os de
seiche. Déposés sur la plage à
marée haute et emportés à
marée basse, ils constituent ce qu’on
appelle la ‘laisse de mer’. Celle-ci
est un véritable habitat naturel protégé
au niveau national et européen. Elle sert
de lieu de ponte et de refuge à beaucoup
d’invertébrés marins, eux-mêmes
proies des poissons et des oiseaux, comme le talitre
(la ‘puce de mer’). Biodégradée
par les micro-organismes et les détritivores,
la laisse de mer fournit habituellement les ressources
nutritives nécessaires au bon développement
de la flore des dunes. Elle amortit aussi l’impact
des vagues au pied des dunes.

Les déchets
: c’est sale ou c’est juste moche
?
Substances toxiques, prolifération
des bactéries dans l’eau, mais aussi
pollutions visuelles et olfactives, les macro-déchets
génèrent des impacts auxquels les
touristes sont très sensibles. De même,
les filets de pêche ne récoltent
pas toujours que des poissons. L’accumulation
des déchets sur le littoral est donc synonyme,
pour la région, d’un manque à
gagner en puissance.
Par conséquent, les municipalités
ne lésinent pas sur les moyens pour décaper
le bord de mer. Armées de pelleteuses,
de cribleuses, de ratisseuses et de tamisseuses,
elles traquent sans pitié tout ce qui dépasse
un peu trop du sable et sort du cadre des cartes
postales. Résultat : une plage immaculée,
mais un appauvrissement de l’écosystème
et une érosion des plages et des dunes
accélérée dans certains cas.
600 mégots,
9 piles et 5 seringues ont été collectés
en 2 heures par 10 personnes sur la plage des
véliplanchistes à Marseille
Alors que certaines plages urbaines font l’objet
d’une collecte mécanique quotidienne
de tous les déchets, le Conservatoire du
littoral appelle au maintien des laisses de mer
pour protéger les écosystèmes
côtiers. Depuis 15 ans par exemple, le Conseil
général du Nord mène des
opérations de restauration des habitats
dunaires et du front de mer, en privilégiant
le ramassage manuel au mécanique. Les débris
naturels sont laissés sur place, ce qui
a permis à la végétation
de se régénérer, enrichissant
ainsi les plages et stabilisants les dunes. Idem
en Bretagne, dans les Côtes d’Armor,
où la laisse de mer du site de Ploumanac'h
est conservée toute l’année.
Dans le Sud-Ouest, le Conseil régional
d’Aquitaine travaille avec les opérateurs
publics, les marins pêcheurs, les élus
et les professionnels du tourisme, sur la gestion
raisonnée des macro-déchets sur
terre mais aussi en mer. Cette politique se traduit,
par exemple, par la pose de barrages flottants
et le chalutage des déchets. Enfin, en
Méditerranée, les communes sont
encouragées à conserver tout l’hiver
les banquettes de posidonies (qui atténuent
l’érosion côtière et
alimentent l’eau en oxygène). Déjà
appliquée à Hyères et au
Lavandou, la démarche n’est pas du
goût de tout le monde, mais fait l’objet
d’une large sensibilisation. La communication
est en effet primordiale, quand on sait que 37
% des usagers du littoral interrogés déclarent
être prêts à changer de plage
si les débris naturel n’y étaient
plus ramassés (enquête IPSOS). L’objectif
est de définir une autre façon de
« vivre la plage » et d’envisager
un partage de l’espace pour que vacanciers
et éléments naturels puissent co-exister
sur le littoral. Etablir des ‘réserves
naturelles’ de plage, en marge des zones
de baignade habituelles, évite ainsi aux
gens de se baigner parmi les algues. Ou encore
penser à une écologie collective,
et valoriser le surplus des algues par exemple
comme compost pour les cultures.
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