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Le chant des chamanes
Plongez dans l’Amazonie.
Ecoutez les chants sacrés des chamanes utilisés pour convoquer l’esprit des puissances naturelles, et soutenez les projets de l’association Paroles de Nature. CD, 20 euros, disponible sur commande auprès de
Paroles de nature,
58 rue Ramey 75018 Paris
www.chamane.org

 

 

 



 

Un chamane
au parfum

Cheveux ébène, teint cuivré, jean-polo, Francisco Montes ne se distingue pas, en apparence, d’un péruvien ordinaire. Pourtant, il est l’un des derniers chamanes d’Amazonie. De conférences en expositions, il raconte son histoire, celle de son peuple aujourd’hui menacé d’extinction. Il évoque l’aventure de sa reconversion, de son adaptation aux nouvelles réalités. Au Pérou, Francisco est « Shamourinqui Yachipiari », l’ange du parfum, qui soigne, protège, et enseigne.

C’est au Pérou, sur les berges de l’Uyacali, que Francisco a grandi, au cœur de l’ethnie des Capanuhas. Son enfance est rythmée par la pêche, la chasse et la culture. Son chef traditionnel, le Curaca orchestre la vie du village. Ici, les règles communautaires s’appuient sur des principes de respect de l’autre, de la nature. Il n’y a pas d’école, l’éducation se transmet des grands-parents aux petits-enfants. Nous sommes dans les années 50, la déforestation n’a pas véritablement commencé.

Ce que Francisco connaît aujourd’hui, il le doit à Trinidad sa grand-mère, une Chamane banco, niveau supérieur dans la hiérarchie des chamanes, réputée de part et d’autre du fleuve Amazone. « Chez les Capanuhas, on ne choisit pas sa destinée, confie Francisco, ma grand-mère avait décidé que je serai chamane curandero, celui qui soigne, c’est ce que je suis devenu ». L’éducation débute très tôt, dès l’âge de six ans. Sa grand-mère et son oncle Maximilien s’en chargent. Tout est long, prend du temps. « Il faut observer, écouter, recevoir pour transmettre, raconte Francisco. C’est le credo des chamanes, leur ligne de conduite ». L’apprentissage n’a rien à voir avec les méthodes occidentales car « ce sont les plantes elles-mêmes qui nous enseignent les remèdes nécessaires, comment les utiliser ». Francisco ira à la rencontre des Anciens, observera, s’isolera pendant de longues périodes dans la forêt, apprendra à jeûner… Et deviendra, vingt-cinq ans plus tard, au terme de cette initiation chamanique, un maestro-curandero, un guérisseur traditionnel.

Aujourd’hui, l’ethnie de Francisco s’éteint peu à peu. Seuls deux villages Capanuhas subsistent dans toute l’Amazonie.

Soigner plantes et patients
Sitôt curandero, Francisco arpente le bassin amazonien. Il vit de petits métiers, exerce ici et là ses talents de guérisseur. Depuis les premiers jours de son initiation, une idée le poursuit : « rendre aux plantes ce qu’elles lui ont donné ». Une opportunité que Francisco saisit lorsque l’une de ses parentes met en vente un terrain en plein cœur de la forêt. Sur une trentaine d’hectares, il se met à faire pousser toutes sortes de plantes et d’arbres aux vertus médicinales. Il lui faudra une dizaine d’années pour parfaire son jardin et accueillir plus d’un millier de plantes disponibles pour un usage traditionnel. En bordure du terrain, Francisco aménage un dispensaire, simple abri d’accueil au début, d’hébergement et de soins par la suite. Francisco souhaite désormais transmettre.              SUITE

 

 

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DOSSIER ENVIRONNEMENT & PHENOMENES

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Texte Hélène Binet

 

 

Un blanc chez les indiens
De l’autre côté de l’Atlantique, Corinne Arnould, une jeune française, se lance dans une aventure unique. Après dix années passées dans le marketing, elle décide de tout quitter.Vol sec pour l’Amérique du sud. Corinne s’immerge pendant plusieurs années au sein de communautés indiennes du Pérou et de l’Equateur pour comprendre la vie de ces peuple.

« De 1999 à 2001, j’ai vécu au cœur des tribus indiennes. J’ai commencé par me retrouver chez les indiens Siona-Sequoya en Equateur. Puis je suis allée au Pérou où j’ai rencontré mon premier chamane. Plus tard, j’ai connu Francisco, découvert ses projets, apprécié sa capacité à réagir, à s’adapter, à muter… Cette expérience a été un choc. Là, j’ai pris conscience des enjeux auxquels étaient confrontées les populations. A mon retour j’ai décidé de les aider à protéger leur milieu de vie, la forêt amazonienne, et à préserver leur identité culturelle ». De retour en France, la jeune femme réunit anthropologues, botanistes, spécialistes de l’Amazonie et créé l’association Paroles de Nature. L’objectif ? Apporter des financements aux peuples autochtones pour réaliser leurs projets de développement locaux. « Nous ne voulons pas nous substituer aux acteurs locaux. Les connaissances des chamanes sur les plantes et leurs qualités pédagogiques leur donnent une réelle crédibilité auprès des populations. Paroles de nature les aide à acheter des terres et à construire des maisons d’accueil pour les populations. Notre souhait est que les chamanes disposent de lieux tampons où pratiquer leur art et le transmettre aux jeunes générations ».

Quand j’avais quatre ou cinq ans,
on commençait à voir arriver
les premiers Blancs venus exploiter le cèdre. Nous étions leurs employés. Et puis tout est allé très vite.

Les Jardins du savoir
Retour en Amazonie. Les années ont passé. Avec ses trente hectares de plantes médicinales, Francisco possède maintenant une gigantesque pharmacie à portée de main. Chaque semaine, les patients se pressent de plus en plus nombreux pour le rencontrer et se faire soigner. Mais très vite, Francisco donne une nouvelle dimension à son projet. Il crée les « Jardins du savoir ». Son terrain devient alors un lieu vivant non seulement dédié à la protection des plantes médicinales mais également tourné vers la pédagogie et la transmission des pratiques ancestrales. Les jardins accueillent enfants et adultes. Grâce aux fonds recueillis par l’association Paroles de Nature, Francisco pourra également bâtir une école. Lorsqu’il parle de cette aventure, Francisco s’illumine. « Ce projet est celui dont je suis le plus fier. L’école accueille plusieurs fois par semaine les enfants des villages voisins. Ils apprennent à reconnaître les plantes et découvrent leurs légendes. Je leur enseigne comment soigner les petits bobos quotidiens. Je leur raconte des histoires, les emmène dans la forêt pour chercher des plantes et les étudier ».

Aujourd’hui les Jardins du savoir de Francisco ont fait des émules. L’expérience est devenue une véritable référence. Plusieurs chamanes ont engagé la même démarche, conscients qu’ils ne pourraient plus exercer leur art dans les mêmes conditions qu’autrefois. Ainsi, ici et là au cœur de la forêt, des bouts de biodiversité amazonienne sont aménagés et préservés. Francisco a gagné.

 

 

 

 

 

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