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tabac necrose
Feuilles de tabac nécrosée
par l'ozone après éxposotion.
© APPANPC

À partir des stations de tabacs, les élèves ont pu cartographier les concentrations d’ozone dans leur région.
Pour les recherches de pollution de fond à grande échelle, les chercheurs préfèrent travailler avec des espèces autochtones, abondantes sur les territoires étudiés. C’est ce qu’on appelle la surveillance passive. À titre d’exemple, la France participe depuis 1996 à un programme commandé par la Convention de Genève à l’échelle de 30 pays. Il s’agit d’étudier et de cartographier les retombées d’au moins 10 métaux lourds comme le plomb, le zinc, le mercure ou le cadmium, dans cinq variétés de mousses. Cette étude a lieu tous les 5 ans. Elle repose sur un réseau de 7000 sites disséminés dans toute l’Europe a raison d’un pour 1000 km2. Financée par l’ADEME, elle est placée chez nous sous l’autorité scientifique du Museum National d’Histoire Naturelle. Un état des lieus a été publié après la première campagne. Un second ouvrage, à paraître cet automne, fera le point de la situation 5 ans plus tard. (cf. pour en savoir +).

Climat : 4 milliards d’années de douche écossaise.
La température moyenne de la terre est aujourd’hui de 15° C. Il y a 4 milliards d’années, on estime qu’elle atteignait 40° C. La vie couvait sous une couche continue de gaz à effet de serre et de vapeur d’eau dégagés par les volcans. Pourtant la température du soleil était de 300°C, inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Avec l’apparition de l’oxygène, les gaz et les métaux toxiques furent précipités, et la température tomba à 10°C. Il s’en fallut de peu que la terre ne se transforme en glaçon. Heureusement, l’intensité du rayonnement solaire a commencé à croître. La condensation de l’eau provoqua un véritable déluge. Ainsi naquirent nos océans.                                3

Selon l’auteur, la pollution au plomb a beaucoup régressé depuis la Loi sur l’Air, maison constate une augmentation des particules de zinc, sans explication pour l’instant. Les mesures de métaux lourds, sont difficiles et coûteuses à réaliser par les analyses physico-chimiques. La France ne possède qu’un seul capteur dans la région de Bordeaux. Il n’en existe que 67 dans toute l’Europe. La biosurveillance joue donc un rôle de premier plan pour la surveillance de ces polluants majeurs. Une nouvelle campagne débutera cette année.mousses
La morphologie des mousses, plantes très anciennes, est parfaitement adaptée pour observer l'accumulation des métaux. © EKWO

Il est également intéressant de comparer l’état de la flore locale avec les dosages physico-chimiques relevés sur le même territoire. En Nord Pas-de-Calais, le réseau de mesure Opal’Air travaille en collaboration avec l’équipe de biosurveillance de la Faculté des Sciences pharmaceutique et biologique de Lille. Entre les seuils réglementaires et la réalité sur le terrain, parfois les résultats divergent. « Nous en avons fait l’expérience avec le dioxyde d’azote » raconte Damien Cuny, chercheur à la Faculté de Lille, « selon l’analyse physico-chimique, la norme de qualité de l’air était respectée. Au premier abord, l’abondance des lichens nous a rendu optimiste. Mais en examinant de plus près, nous avons constaté que les variétés sensibles à ce polluant avaient disparu, laissant toute la place aux espèces résistantes. Même constat sur la diversité de la flore ». La réglementation impose les mêmes seuils à tous et en en tout lieu sur des modèles théoriques. Les études biologiques montrent qu’ils ne conviennent pas à tous les écosystèmes.

L’air du temps
Azote 78 %, oxygène 21 %, argon 0,93 %, gaz carbonique 0,035 %, vapeur d’eau variable et quelques gaz trace. Ce fragile équilibre a été entretenu gratuitement par les océans, les végétaux marins et terrestres, pendant plus de 500 millions d’années.                                   4

Peut mieux faire
Une étude de l’Agence Européenne de l’environnement révèle qu’en 2004, la limite sanitaire retenue pour la Directive ozone (120 microgr. Par m3 pendant !h.) a été dépassée en France pendant 152 jours sur 365.                  5

                                                                     

                                                                                    SUITE

 

 

© EKWO

DOSSIER ENVIRONNEMENT & PHENOMENES

Texte : Marie Hellouin

Et moi et moi et moi ?

Mais quel rapport avec notre santé ? Peut-on transposer à l’homme des résultats obtenus sur des végétaux ? La spécialité scientifique de Damien Cuny qui coordonne les recherches en biosurveillance à la Faculté de Lille suffirait à nous en convaincre : sur sa carte de visite on peut lire « toxiques et cancérogènes professionnels et environnementaux ». C’est dire que le lien ne fait pour lui aucun doute… La Belgique et la Pologne ont évalué ensemble le risque de cancer en comparant les mutations génétiques des bourgeons de tradescantis, une modeste plante plus connue sous son sobriquet de « misère », et les marqueurs sanguins dans les populations humaines exposées aux mêmes polluants.

Les lichens n'ont aucun échange avec la roche ou l'arbre qui leur sert de support. Le polluants qu'ils accumulent ne peuvent donc que provenoir de l'atmosphère. Ils sont donc très intéressants en tèrmes de biosurveillance.

Ils ont trouvé une corrélation. En Italie, les professeurs P. L. Nimis, lichenologue de l’Université de Trieste, et Cislaghi, épidémiologiste, ont découvert au hasard d’uncolloque que leurs cartes respectives de la Vénétie se superposaient sous un même panache de dioxyde de soufre. Le premier avait étudié la diversité des lichens. Le second avait recherché la fréquence des cancers du poumon chez les hommes âgés de 55 ans.
Pour le Pr Nimis la biosurveillance prime. L’analyse des polluants atmosphériques n’en est qu’un complément, tout juste bon à faire respecter un minimum de règles. Il explique : « On pourrait comparer ce panache de dioxyde de soufre à un fleuve dont la source se situe dans la zone industrielle de la Vénétie. Ce fleuve charrie des cocktails de polluants cancérigènes dont nous n’avons aucun moyen d’identifier toutes les substances, encore moins de les mesurer. Mais la biosurveillance met en évidence leurs effets sur les êtres vivants ».
En Vénétie, les cartes révèlent que la disparition des espèces de lichens est proportionnelle à l’augmentation du taux de cancers.
Pour sa part, l’Organisation Mondiale de la Santé lance deux études sur la pollution atmosphérique basées sur l’analyse des végétaux. Dans le cadre du programme Life, l’Union européenne a financé le réseau Eurobionet, un programme de surveillance active sur 3 ans, mené dans 12 villes de 8 pays d’Europe. Pour la Députée Européenne Hélène Fautre, la biosurveillance est au cœur de la question santé-environnement.

La pollution tue
La Direction de l’Environnement de la Commission européenne comptabilise 400 000 Européens, morts prématurément chaque année du fait de la pollution atmosphérique. Un nouveau plan « air pur pour l’Europe » vient de paraître. Le précédent commence tout juste à s’appliquer.   6

La nature à une fâcheuse tendance à s’affranchir des normes. Est-ce pour cela que la biosurveillance est la grande oubliée de la Loi sur l’air ? Aujourd’hui, ses nombreux utilisateurs aimeraient la voir figurer parmi les outils réglementaires. Encore faut-il définir des méthodes reconnues par tous pour ses innombrables applications. Le pin d’Alep est un parfait indicateur de l’ozone dans la forêt Méditerranéenne, mais il disparaît au nord de la Loire. Par quoi le
remplacer ? Dans la mosaïque des écosystèmes français, chacun a travaillé à partir de son environnement. Les méthodes se sont construites sur le terrain. Chacun a mis au point ses propres indices, parfois même son vocabulaire. Doit-on privilégier des essences régionales où sélectionner un petit nombre de végétaux présents partout ? Les mêmes plantes analysées avec les mêmes indices n’apportent pas forcément des réponses comparables, du Nord au Sud ou d’Est en Ouest. Quelles corrections appliquer ? Jusqu’ici, les méthodes adoptées pour les grands programmes internationaux ont été définies, projet par projet. L’étude des métaux lourds à partir des mousses avait été mise au point par les pays scandinaves. Il a fallu l’adapter à la diversité des pays participant. En France, ce travail a été réalisé par Laurence Galsomiès, coordinatrice de la première campagne en 1996. Aujourd’hui à l’ADEME, elle va coordonner le groupe chargé de normaliser les méthodes de biosurveillance française avec l’AFNOR. Il faut faire vite car certains bureaux d’études ont déjà déposé des brevets impliquant des espèces. Celles-ci pourraient cesser d’être libres d’accès avant l’apparition des normes…

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